Entretien: Jean Marc Calvet

Pour fêter la sortie du film Calvet en France, on vous propose l’intégrale de notre entretien avec le sujet du film, artiste Jean Marc Calvet, fait à Sheffield Doc/Fest en 2011.

Est-ce que vous pouvez m’expliquer un peu votre chemin vers ce monde d’artiste?

Vraiment en court?

Un précis!

Disons que moi je n’avais absolument rien à voir avec le milieu de l’art. J’étais plutôt bon avec un flingue qu’avec un pinceau, j’allais dans tout les pays et cetera. Et puis un jour j’ai décidé de mourir. Je me suis enfermé dans une maison et j’ai commencé à consommer beaucoup d’alcool et de drogues. Jusqu’à arriver à un point ou je faisais 47 kilos et j’allais mourir.

Et je trouve dans la maison que j’avais acheté, c’était une petite maison en Costa Rica, je trouve des pots de peinture, qui avait servi à peine parce que c’était une vielle maison. J’ai commencé à peindre avec mon doigt les murs et au bout de 8 ou 9 mois – je me suis enfermé pendant 9 mois, sans voir personne, sans parler à personne – je peins toute la maison. J’ai brulé les meubles, avec le bois des meubles j’ai commencé à écrire sur les murs et cetera…

Il y a eu cette espèce de frénésie. Comme je me persuadais que je pouvais vomir ce qu’il y avait dedans. Au début c’était vraiment vomir. Maintenant c’est différent, mais quand ça a commencé c’était vraiment de vomir.

jean marc painting pic

Au début c’était pour vous aider à s’enfuir des problèmes?

Non, c’était vraiment « je me battais avec les murs », c’est à dire tout ce qu’il y avait sur les murs, c’était un langage que je comprenais, et c’était surtout quelque chose qui était là et qui était sorti de moi. En une minute ou deux ça revenais, alors je recommençais à peindre.

C’était pas facile…

C’est la seule manière que j’ai de pouvoir vivre normalement.

C’était au fur et à mesure que vous avez échappé ces problèmes?

Ah non… je n’ai pas échappé. Ca m’a permis des les combattre mes problèmes…et de plus m’échapper, parce que je m’échappais avec l’alcool et les drogues. Et ça, c’était fini. Pour moi c’est un moyen d’avoir une stabilité émotionnelle et de pouvoir vivre normalement comme toi. Moi c’était dépression, euphorie, dépression, euphorie. La peinture, l’art, la création, ça m’a permis juste de pouvoir vivre.

Vous avez toujours les visages, des fois cachés ou moitié caché, dans vos peintures – qu’est-ce que ca veut dire ? Il y a une raison?

Non…je ne sais pas! Je laisse libre mon cerveau. Je dessine juste les premières lignes, et après le reste ça vient au fur et à mesure. Normalement un peinture c’est deux, trois semaines. Là [à Sheffield] j’ai mis un jour, un jour et demi, c’est différent mais sinon c’est pareil, c’est une espèce de frénésie, d’hystérie collective. C’est ce que je vois à la télévision, les gens qui marchent, qui courent, l’Irak…

Et tout ca tu mets dedans ? Une mélange de la vie, quoi?

Voila. Sans essayer de donner une histoire, ni un sens. Parce que c’est comme si voulais résumer la vie, et la vie je n’en connais pas grand-chose. Je suis plutôt un témoin. Je ne donne pas solution. Je dis pas ‘je fais un peinture sur la guerre, je fais un peinture sur l’amour’. Non. Dans chaque peinture il y a la guerre, l’amour, le sexe…Il y a tout.

Et n’importe quoi?

Tout et n’importe quoi! C’est comme dans la vie, ce qu’on a autour de nous on a de tout et de n’importe quoi.

Et pourquoi vous avez quitté la France?

J’ai quitté pour des différents raisons, c’est-à-dire que j’ai toujours bougé. Je changeais de pays pour changer de visage. Je pensais qu’en changeant de pays on laissait ses problèmes derrière, mais c’est pas vrai. On amène nos problèmes avec nous, et on les multiplie.

Merci bien!

Il y a un exposition de Jean Marc Calvet, ‘Redemption’, à la Galerie Mark Hachem à Paris du 6 juin au 21 juin 2013

Jean-marc final Painting

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